Histoire & patrimoine

L’Histoire de la presqu’île

L’Histoire avec un grand H fait l’histoire avec un petit h.

Acheter une maison ici, c’est entrer dans une histoire. Celle des paludiers qui façonnent le sel depuis plus de mille ans, des ducs de Bretagne, des marins du Croisic et des pêcheurs de La Turballe — et celle, plus jeune, d’une station née d’une dune, devenue l’une des plus élégantes de l’Atlantique.

Buying a house here means stepping into a story. That of the salt-makers who have shaped salt for more than a thousand years, of the Dukes of Brittany, the sailors of Le Croisic and the fishermen of La Turballe — and the younger story of a resort born from a dune that became one of the most elegant on the Atlantic coast.

Chapitre IChapter I

La Baule, née de la dune

La Baule, born of the dune

Il était une fois un village englouti. Escoublac, bâti au bord de la mer vers l’an mil, recula pendant des siècles devant le sable : en 1779, ses habitants fondèrent un nouveau bourg un kilomètre plus loin, et l’ancienne église, à demi ensevelie, fut abandonnée. Pour fixer la dune, un décret impérial de 1810 ordonna de la planter ; à partir de 1818, on y sema pins maritimes et chênes verts, et vers 1860 la forêt avait gagné. C’est sous ces pins que La Baule allait naître.

Tout commence avec le chemin de fer. En 1876, le lotissement Benoît dessine à l’ouest une promenade réservée aux piétons face à la mer ; en 1878, Hennecart et Darlu confient à l’architecte nantais Georges Lafont le plan d’une station entière — la gare, l’avenue qui descend vers la plage, les bains, les quartiers de villas. Le 11 mai 1879, le train Saint-Nazaire–Le Croisic s’arrête à « Escoublac-La Baule ». Deux ans plus tard, Lafont élève devant la gare la villa Symbole, la plus ancienne de la station.

Puis vient Louis Lajarrige. En juillet 1923, il inaugure La Baule-les-Pins, sur le lotissement du Bois d’Amour. Pour le dessiner, il a lancé un concours auprès de soixante-dix architectes ; les avenues sont percées sous la pinède, et ce qui n’était qu’un lotissement devient l’un des quartiers les plus recherchés de la côte. Lajarrige léguera plus tard à la ville le parc des Dryades. La même décennie, François André fait de La Baule une grande station : il obtient la concession du casino en 1925, ouvre l’Hermitage en 1926, transforme le Castel Marie-Louise en hôtel, crée le Country Club ; le remblai prend sa forme définitive. Entre 1921 et 1931, le nombre de villas fait plus que doubler.

Cette architecture est la signature de La Baule. Avant 1914, des castels de granit aux tourelles d’angle et aux décors éclectiques ; dans l’entre-deux-guerres, une mosaïque de styles — anglo-normand, néo-basque, néo-breton, provençal, paquebot, moderniste —, signée Georges Lafont, Adrien Grave, René Perrey et tant d’autres. L’Inventaire du patrimoine a recensé plus de deux mille trois cents villas construites entre 1860 et 1960.

L’après-guerre a remplacé une partie du front de mer par des immeubles — le Floride ouvre la voie en 1951 —, et des villas ont disparu. Pour protéger ce qui demeure, La Baule s’est dotée d’une ZPPAUP en 2006, devenue Site patrimonial remarquable : quinze villas y sont classées exceptionnelles, près de sept cents remarquables, et soixante-dix mille arbres sont protégés. Posséder une villa bauloise, c’est aujourd’hui en être aussi le gardien.

Once upon a time there was a buried village. Escoublac, built by the sea around the year 1000, retreated for centuries before the sand: in 1779 its people founded a new village a kilometre inland, and the old church, half buried, was abandoned. To hold the dune, an imperial decree of 1810 ordered it to be planted; from 1818, maritime pines and holm oaks were sown, and by around 1860 the forest had won. It was beneath these pines that La Baule would be born.

It all began with the railway. In 1876, the Benoît estate laid out, to the west, a pedestrian promenade facing the sea; in 1878, Hennecart and Darlu commissioned the Nantes architect Georges Lafont to plan an entire resort — the station, the avenue running down to the beach, the baths, the villa districts. On 11 May 1879, the Saint-Nazaire–Le Croisic train stopped at “Escoublac-La Baule”. Two years later, Lafont built the Villa Symbole opposite the station, the oldest in the resort.

Then came Louis Lajarrige. In July 1923, he inaugurated La Baule-les-Pins, on the Bois d’Amour estate. To design it, he launched a competition among seventy architects; avenues were cut beneath the pines, and what was merely a housing estate became one of the most sought-after districts on the coast. Lajarrige would later bequeath the Parc des Dryades to the town. In the same decade, François André made La Baule a great resort: he won the casino concession in 1925, opened the Hermitage in 1926, turned the Castel Marie-Louise into a hotel and founded the Country Club, while the seafront promenade took its final shape. Between 1921 and 1931, the number of villas more than doubled.

This architecture is La Baule’s signature. Before 1914, granite castles with corner turrets and eclectic decoration; between the wars, a mosaic of styles — Anglo-Norman, neo-Basque, neo-Breton, Provençal, ocean-liner, modernist —, signed by Georges Lafont, Adrien Grave, René Perrey and many others. The heritage inventory has recorded more than two thousand three hundred villas built between 1860 and 1960.

After the war, part of the seafront gave way to apartment buildings — the Floride led the way in 1951 — and some villas were lost. To protect what remains, La Baule adopted heritage protection in 2006, now a “Site patrimonial remarquable”: fifteen villas are listed as exceptional, nearly seven hundred as remarkable, and seventy thousand trees are protected. To own a La Baule villa today is also to be its guardian.

Chapitre IIChapter II

Guérande, la cité du sel

Guérande, the city of salt

Bien avant les remparts, il y eut le sel. Dès 854, les moines de l’abbaye de Redon consignent dans leur cartulaire les premières salines de Guérande : des marais façonnés par la main de l’homme, où l’océan, le vent et le soleil font naître l’« or blanc ».

Au XIVe siècle, la ville est au cœur de l’histoire de Bretagne. Mise à sac pendant la guerre de Succession, elle donne son nom au traité qui y met fin : le 12 avril 1365, le traité de Guérande reconnaît Jean IV de Montfort duc de Bretagne. La cité s’entoure alors de remparts — 1 300 mètres de courtines, quatre portes, six tours —, élevés aux XIVe et XVe siècles et parvenus jusqu’à nous presque intacts.

Du XVe au XVIIe siècle, l’Europe a faim de sel. Il descend la Loire et la Vilaine, part par la mer vers l’Angleterre, l’Espagne et la Hollande ; la Bretagne, exemptée de la gabelle, prospère. C’est l’âge d’or de Guérande, dont la collégiale Saint-Aubin, reconstruite à partir de 1380 sur des piliers romans du XIIe siècle, garde la mémoire.

Le déclin viendra du sel du Sud, moins cher, et la cité s’endormira derrière ses murs — ce qui l’a sauvée. Les remparts sont classés monument historique en 1877 ; Guérande devient Ville d’art et d’histoire en 2004. Et le sel, lui, n’a jamais cessé : Label Rouge en 1991, Indication géographique protégée en 2012, toujours récolté à la main par les paludiers.

Long before the ramparts, there was salt. As early as 854, the monks of Redon Abbey recorded Guérande’s first salt pans in their cartulary: man-made marshes where ocean, wind and sun create “white gold”.

In the 14th century, the town stood at the heart of Breton history. Sacked during the War of Succession, it gave its name to the treaty that ended it: on 12 April 1365, the Treaty of Guérande recognised Jean IV de Montfort as Duke of Brittany. The town then surrounded itself with ramparts — 1,300 metres of walls, four gates and six towers — built in the 14th and 15th centuries and still almost intact today.

From the 15th to the 17th century, Europe hungered for salt. It travelled down the Loire and the Vilaine and by sea to England, Spain and Holland; Brittany, exempt from the salt tax, prospered. This was Guérande’s golden age, remembered by the collegiate church of Saint-Aubin, rebuilt from 1380 on 12th-century Romanesque pillars.

Decline came with cheaper salt from the south, and the town fell asleep behind its walls — which is what saved it. The ramparts were listed as a historic monument in 1877; Guérande became a “Ville d’art et d’histoire” in 2004. And the salt never stopped: Label Rouge in 1991, Protected Geographical Indication in 2012, still harvested by hand by the paludiers.

Chapitre IIIChapter III

La Brière, le marais en partage

The Brière, a shared marsh

Il y a des millénaires, la Brière était un golfe. La mer s’est retirée, la vase et la tourbe ont comblé l’estuaire, et il est resté un marais immense — vingt mille hectares à l’origine, sept mille aujourd’hui —, troué de canaux et piqué d’îles.

Le 8 août 1461, le duc de Bretagne François II reconnaît aux riverains le droit d’y prendre « les mottes pour le chauffage et les foins pour leurs bêtes ». En 1784, des lettres patentes de Louis XVI font de la Grande Brière une propriété indivise et inaliénable des habitants de ses paroisses. Aujourd’hui encore, vingt et une communes la possèdent en commun — un cas presque unique en France.

La Brière a vécu de la tourbe — plus de trois cents millions de mottes extraites par an vers 1823 —, du roseau pour les toits, de la pêche et de la chasse. On s’y déplaçait en chaland, la barque à fond plat. Au XIXe siècle, les Briérons, charpentiers de marine, partirent travailler aux chantiers navals de Saint-Nazaire sans quitter leurs villages : ils rentraient pour la saison de la tourbe.

De ce monde, il reste un patrimoine rare : plus de deux mille chaumières, la plus forte densité de France, des villages-îles comme Fédrun, entourés de canaux, et Kerhinet, restauré par le Parc naturel régional créé en 1970.

Thousands of years ago, the Brière was a gulf. The sea withdrew, silt and peat filled the estuary, and an immense marsh remained — twenty thousand hectares originally, seven thousand today — threaded with canals and dotted with islands.

On 8 August 1461, Duke François II of Brittany recognised the right of local people to take “peat for heating and hay for their beasts”. In 1784, letters patent from Louis XVI made the Grande Brière the undivided and inalienable property of its parishioners. To this day, twenty-one communes own it in common — an almost unique case in France.

The Brière lived from peat — over three hundred million turves cut each year around 1823 —, from reeds for roofs, from fishing and hunting. People travelled by chaland, a flat-bottomed boat. In the 19th century, the Briérons, skilled ship’s carpenters, went to work in the Saint-Nazaire shipyards without leaving their villages, returning home for the peat season.

That world has left a rare heritage: more than two thousand thatched cottages, the highest density in France, island villages such as Fédrun, ringed by canals, and Kerhinet, restored by the Regional Nature Park created in 1970.

Chapitre IVChapter IV

La Turballe, le port de la sardine

La Turballe, the sardine port

La Turballe est née de la mer. Simple village de pêcheurs rattaché à Guérande, elle vit au rythme de la sardine. En 1824, c’est avec des sardines de La Turballe que Pierre-Joseph Colin ouvre à Nantes la première conserverie industrielle de sardines à l’huile ; à partir de 1837, les conserveries s’installent sur place.

Le port se construit pierre à pierre : un premier brise-lames dans les années 1857-1862, la digue des Brebis en 1872, la jetée de Garlahy dont le feu s’allume en 1894. Le 17 mai 1865, La Turballe devient une commune à part entière. Vers 1880, ses usines produisent quelque trois millions de boîtes par an.

La dernière conserverie ferme en 1989, mais la pêche, elle, a continué. La Turballe est aujourd’hui le premier port de pêche des Pays de la Loire, et le premier de la façade atlantique pour l’anchois et la sardine. Sur le port, la Maison de la Pêche et le vieux sardinier Au Gré des Vents racontent cette histoire.

La Turballe was born of the sea. A simple fishing village attached to Guérande, it lived to the rhythm of the sardine. In 1824, it was with sardines from La Turballe that Pierre-Joseph Colin opened the first industrial sardine-in-oil cannery in Nantes; from 1837, canneries opened in the village itself.

The harbour was built stone by stone: a first breakwater in 1857-1862, the Brebis dyke in 1872, the Garlahy jetty whose light was first lit in 1894. On 17 May 1865, La Turballe became a commune in its own right. Around 1880, its factories produced some three million tins a year.

The last cannery closed in 1989, but fishing carried on. La Turballe is today the leading fishing port of the Pays de la Loire, and the first on the Atlantic coast for anchovy and sardine. On the quay, the Maison de la Pêche and the old sardine boat Au Gré des Vents tell the story.

Chapitre VChapter V

Le Croisic, le port des armateurs

Le Croisic, the shipowners’ port

Le Croisic était une île. Au IXe siècle, des cordons de sable la rattachent au continent, et la ville se tourne tout entière vers la mer. Au XVIe siècle, ses navires emportent le sel de Guérande vers l’Espagne et l’Irlande, et rapportent bois, fer, étain et draps d’Europe du Nord.

Cette prospérité se lit encore dans la pierre : l’église Notre-Dame-de-Pitié, commencée en 1494, le quai du Lénigo bâti en 1559, les maisons d’armateurs de la vieille ville, et l’hôtel d’Aiguillon, élevé de 1669 à 1672 pour une famille de négociants, qui fut la mairie pendant un siècle. Une école d’hydrographie y est créée en 1691.

Les monts du port ont une histoire singulière : le Mont-Lénigo et le Mont-Esprit sont faits du lest que déchargeaient les navires venus charger le sel. Le Mont-Esprit fut aménagé de 1814 à 1816 pour donner du travail aux ouvriers pendant un hiver rigoureux.

En 1879, le chemin de fer arrive : Le Croisic devient aussi une villégiature. Aujourd’hui, sa criée vend les espèces nobles — sole, langoustine, et la crevette rose, spécialité du port.

Le Croisic was an island. In the 9th century, sand bars joined it to the mainland, and the town turned entirely to the sea. In the 16th century, its ships carried Guérande salt to Spain and Ireland, bringing back timber, iron, tin and cloth from northern Europe.

That prosperity can still be read in the stone: the church of Notre-Dame-de-Pitié, begun in 1494, the Lénigo quay built in 1559, the shipowners’ houses of the old town, and the Hôtel d’Aiguillon, built in 1669-1672 for a merchant family, which served as the town hall for a century. A school of hydrography was founded there in 1691.

The harbour’s hills have a singular history: Mont-Lénigo and Mont-Esprit are made of the ballast unloaded by ships that came to take on salt. Mont-Esprit was laid out in 1814-1816 to give work to labourers during a harsh winter.

In 1879 the railway arrived, and Le Croisic also became a resort. Today its fish auction sells prized species — sole, langoustine, and pink shrimp, the port’s speciality.

Une maison dans cette histoire

A home in this story

Villa des années trente, maison de paludier, longère de Brière ou appartement face à la baie : chaque bien porte une part de cette histoire.

A 1930s villa, a salt-maker’s house, a Brière longère or an apartment facing the bay: every property carries part of this story.